AFP, le 02/09/08

Lorraine : village à vendre pour protester contre un futur
parc éolien
Des habitants de Domptail-en-l'Air ont installé, le 01 septembre
2008, sur les murs de leurs maisons des panneaux : "A vendre"
pour protester contre un projet de parc éolien.Photo AFP
«Projet éolien= village sinistré»,
«A vendre» : Domptail-en-l'air, petite commune de Meurthe-et-Moselle,
est sans dessus-dessous. Ses habitants, redoutant l'implantation d'un
parc éolien, annoncent la vente de leurs maisons.
Les deux rues du village sont constellées de pancartes multicolores.
La «liquidation totale» est proclamée sur les portails.
La population, qui a pris des congés pour soutenir l'opération
- nom de code «village en vente» -, n'a plus qu'un seul
mot à la bouche : «éoliennes».
Seize d'entre elles, d'une puissance de 36 mégawatts, pourraient
être édifiées sur les collines de communes voisines,
pour un coût de 50 millions d'euros. Si le territoire de Domptail
est épargné, tous s'inquiètent de l'impact visuel
et auditif des constructions.
«Pour moi, les éoliennes vont être juste là,
au milieu» du paysage, désigne Delphine Clabaut, conseillère
municipale, depuis sa terrasse. En point de mire, les «collines
du Bayonnais», d'harmonieux vallons verdoyants, aux faux airs
de Toscane.
«Avec mon mari, nous avons acheté ici parce que nous avons
eu un coup de coeur pour la vue. Si les éoliennes voient le jour,
nous partirons», avertit-elle, ajoutant que les maisons perdraient
alors 20 à 40% de leur valeur.
De son abbaye moyenâgeuse, Michel Tamburrino jouit lui aussi d'une
«vue sublime jusqu'aux Vosges». «Mais là, avec
ces machines de 140 mètres de haut, ça va être +Total
massacre+», s'emporte cet ingénieur géologue.
Les rapports d'experts qualifient pourtant l'impact visuel du projet
de «tout à fait acceptable» et de «plutôt
faible». Les niveaux de bruits provoqués par les «aérogénérateurs»
«respectent» en outre «la réglementation applicable
en terme d'émergence» sonore, d'après ces textes.
«C'est parce que le maître d'oeuvre est aussi le vérificateur
de ces études. Il est juge et partie», enrage Jean-Charles
Cuny, maire de Froville, autre commune concernée. A ses côtés,
des habitants évoquent une «corruption» d'édiles
affirmant que leurs terrains personnels accueilleraient des éoliennes.
«Le projet s'inscrit parfaitement dans la loi. Il n'y a pas de
magouille. Il est impossible de distribuer de l'argent à des
élus. Et tout ce qui est délicat a été sous-traité
à des experts de l'ONF», réagit Thierry Boivinet,
le PDG d'Eiden, qui pilote le projet.
«Maintenant, l'éolien, c'est subjectif. Certains trouvent
ça joli, d'autres pas», observe-t-il, regrettant les procès
d'intention que lui font «une poignée d'irréductibles».
«Nous ne sommes pas contre les éoliennes. Mais avant d'aller
casser la quiétude des campagnes, on peut commencer par équiper
les zones industrielles», répond Michel Tamburrino.
Une consultation municipale se tiendra le 6 septembre à Domptail-en-l'air,
où 85% des 60 habitants se sont déjà prononcés
par pétition contre le projet, selon les opposants. La décision
finale reviendra à la préfecture de Meurthe-et-Moselle.