HENDECOURT-LÈS-CAGNICOURT
L'implantation de dix-huit éoliennes ficelée sans
l'avis des élus locaux
jeudi 29.01.2009, 04:48 Chaque point représente une éolienne.
Les maisons les plus proches sont à 650 mètres
pour Hendecourt, 1000mètres pour Vis.
À Hendecourt-lès-Cagnicourt et à Vis-en-Artois,
dix-huit éoliennes devraient être mises en service
au deuxième semestre 2010. Le projet, qui date de 2006,
a émergé au nez et à la barbe des élus
grâce aux parfaites connaissances juridiques de l'entreprise,
et à une grosse boulette de la préfecture.
PAR EMMANUEL CRÉPELLE
ecrepelle@lavoixdunord.fr
Il a fallu une lettre recommandée pour qu'Andréas
Hater, qui se présente comme le technicien de la Société
d'électricité du Nord (SEN), daigne assister à
une réunion publique. Cela paraît incroyable, mais
c'est à cette occasion que la population, et même
les élus, ont découvert ce qui les attendait :
l'implantation de dix-huit éoliennes sur les territoires
de Vis et d'Hendecourt.
L'orateur a eu beau plaider les qualités de ses appareils,
les maires et le président de la communauté de
communes Osartis goûtent peu la méthode employée.
C'est en 2006 que le territoire intéresse la SEN, qui
lance alors des études. Fin 2006, les maires sont rencontrés
et en mai 2007, on lance une étude paysagère d'impact,
débouchant sur le dépôt des permis de construire
en juin. Les éoliennes ne dépassant pas les cinquante
mètres de haut, il n'y a pas d'enquête publique.
Pour faire simple, les mairies n'ont pas leur mot à dire
(même si l'ancienne municipalité d'Hendecourt se
prononce quand même pour, après deux votes) elles
ne sont que des boîtes aux lettres, et sont chargées
de transmettre les permis de construire à la préfecture.
Les permis tacitement acceptés
C'est là que le plus incroyable se produit. Le préfet
ne donne pas son avis dans les temps. Du coup, les permis sont
tacitement acceptés.
Quand, à la préfecture, on se rend compte de
la boulette, on tente d'ajouter des restrictions à cause
de la proximité avec la base aérienne 103. Seul
problème, on ne peut poser de restrictions sur un permis
accordé tacitement. Le tribunal administratif de Lille
donne raison à la société. Le projet peut
donc se poursuivre, d'autant que les locataires et propriétaires
des parcelles ont signé pour les implantations.
Aujourd'hui, la marge de manoeuvre des élus est très
mince. Un ultime courrier va partir à la préfecture,
cosigné des deux maires, qui s'indignent sur l'instruction
de ce dossier par les services préfectoraux, et sur les
méthodes employés par ladite société.
Que sait-on finalement de cette société d'électricité
du Nord ? Pas grand-chose. Juste qu'il s'agit d'une SARL immatriculée
au registre du commerce le 18 mai 2007, au capital de 10 000
E. Son siège social, à Lille, n'est en fait qu'une
boîte aux lettres et le numéro de téléphone
débouche sur une plateforme. Qui est derrière
? Est-ce que ce sont des actionnaires étrangers ? Aura-t-elle
les capacités financières pour gérer les
éoliennes pendant des années ? Et dans le cas
contraire, qui démonterait les éoliennes ? Autant
de questions restées sans réponse. Le technicien
a eu le courage de faire face à des charges nourries,
mais est surtout resté évasif sur les points les
plus sensibles. L'assistance a aussi pointé du doigt
cette activité lucrative qui risque de gâcher le
paysage. « Moi je ne fais qu'exploiter un régime
en place », répondit M. Hater quand certains s'insurgeaient
contre les tarifs de rachat de l'électricité pratiqués
par EDF.
En 2001, une autre société, Infinivent, avait
tenté de s'installer sur le même secteur. Le projet
était alors tombé à l'eau à cause
de la proximité avec la base aérienne et devant
l'opposition des élus. Cette fois, malgré les
derniers tirs de barrage des communes comme l'interdiction de
passage sur les chemins, on ne voit pas ce qui pourrait permettre
d'échapper à ces éoliennes.